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Venez découvrir les chroniques du Professeur Gabriel, ami et contemporain des aventuriers romanesques : leurs histoires, péripéties et anecdotes.

Le Professeur

Gabriel De Mortillet

Gabriel, notre chroniqueur, savant reconnu par ses pairs, est nommé Conservateur du Musée d’Archéologie de St Germain-en-Laye en 1868.

De par ses fonctions, il côtoie l’ensemble du monde scientifique de l’époque.

Sa première Chronique relate l’histoire d’un submersible de légende, le fameux « NAUTILUS », ainsi que son non moins célèbre « Capitaine NEMO », homme sombre et mystérieux, mais surtout savant et ingénieur de génie.

Si le roman ne mentionne jamais la proximité des côtes aquitaines dans le périple du submersible, certains documents, conservés à la Bibliothèque Nationale de France et rédigés par Jules Verne, attestent que l’auteur avait envisagé un temps cette possibilité, avant de se raviser.

C’est cette disposition que notre Chroniqueur va nous conter. En effet, de par les fonctions scientifiques qu’ils occupaient à l’époque, Gabriel put croiser le Professeur Pierre ARONNAX, narrateur original de ces aventures, et il s’avère même que des liens d‘amitié se tissèrent entre les deux savants.

Dans le sillage du

Nautilus

Saint Germain, le 7 janvier 1869

 

Ma Chère Cousine,

 

Au seuil de cette nouvelle année, je commencerai en vous la souhaitant, à toi et aux tiens, « bonne et heureuse, accompagnée de plusieurs autres. »

Pour ma part, mes fonctions au Musée de Saint-Germain m’occupent à plein temps. Une année déjà, le croirais-tu ! Une année de discussions sans fin avec ce cher Alexandre sur des sujets nous tenant à cœur mais pour lesquels nous avons souvent des vues bien différentes.

J’ai à peine le temps de consacrer le temps nécessaire à mon essai de classification des temps préhistoriques, ce qui, comme tu sais, revêt une importance considérable à mes yeux. Toutefois, ma classification des cavernes est presque achevée, et j’ai bon espoir de publier cette partie en fin d’année.

Mon frère Paul, quant à lui, est en voyage au Japon, en compagnie de ses confrères botanistes où ils entendent étudier et percer le mystère de la plaquemine ! Peut-être pourrons-nous bientôt en goûter le fruit, lequel est, à ce qu’on en dit, délicieux.

Lettre à Cousine

Partie I

Te souviens-tu de mon ami Pierre Arronnax, que tu avais rencontré à Paris l’an dernier lors de ta dernière visite en compagnie des tiens ? Il était à l’époque Suppléant au Museum d’Histoire Naturelle et avait l’intention, comme il nous l’avait confié, de visiter le Nebraska et chemin faisant, tenter d’élucider le mystère perturbateur de nos océans, qui faisait à l’époque les grands titres des journaux. Il est enfin revenu après de longs mois d’absence et je dois dire que je suis quelque peu inquiet à son sujet. Il m’a conté son histoire et je suspecte un égarement de son esprit, à mettre au compte de ce long voyage éprouvant. En outre, son brave domestique Jean-François Conseil semble partager ces divagations… Tout cela me fait penser à une sorte de délire collectif !

Si tu le veux bien, nous pourrons aborder ce délicat sujet lors de ta prochaine visite dans la Capitale, prévue en fin de mois - si j’ai bonne mémoire. Je fais en effet grand cas de ton opinion, et souhaiterais connaitre ton sentiment, tant l’histoire de Pierre me semble étrange et, pour tout dire invraisemblable. Je ne t’en dis pas davantage, car rien ne vaut un œil neuf pour se faire une opinion vierge de toute influence. J’ajouterai que les faits racontés par Pierre et corroborés par son domestique paraissent si inconcevables que je n’ai pas osé les rapporter à mon frère Paul.

A bientôt, ma Cousine, et merci de transmettre toute mon affection à ceux qui te sont chers, cette famille qu’il me tarde tant de revoir.

 

Ton Cousin,

 

Gabriel

Lettre à Cousine

Partie II

C’est au début de février 1869 que Victorine GALLIX DE MORTILLET se rendit à Paris, à l’invitation de son cousin Gabriel. Elle devançait de quelques jours le reste de sa famille : son mari François-Paul, retenu à Meylan pour ses affaires, et leurs sept enfants, confiés à Solange, la gouvernante. La curiosité l’avait emporté et Victorine avait prétexté quelques préparations à réaliser en vue de l’arrivée de sa grande famille chez Gabriel, dans son appartement de la rue de Vaugirard.

Bien qu’épuisée par les treize heures de voyage, Victorine ne cacha pas que sa curiosité avait été grandement éveillée par la lettre de Gabriel au sujet de Pierre ARONNAX. Tous trois s’étaient rencontrés il y avait maintenant plus d’une année, lors de la nomination de Gabriel au Museum d’Archéologie de Saint-Germain-en-Laye, puis, à l’invitation de Pierre, ils s’étaient rendus dans son petit appartement du Jardin des Plantes.

Déjà à cette époque, les journaux parlaient du « mystère des océans », ce monstre nautique qui perforait les coques de bateaux, et jusqu’aux frégates militaires blindées. Pour Pierre, l’affaire était entendue : il ne pouvait s’agir que d’un monstre marin doté d’une corne suffisamment solide pour éventrer le métal des navires de guerre. Il était donc fort probable qu’une licorne de mer dix à douze fois plus grande et puissante que l’animal également connu sous le nom de narval remontait épisodiquement des grands fonds pour harponner ce qu’il prenait pour un ennemi ou un concurrent ...

Le Mystère des Océans

Partie I

Dans son ouvrage in quarto en deux volumes, « Le Mystère des Grands Fonds Sous-Marins », que Pierre avait consacré à la faune des abysses - ou tout au moins ce que l’on en connaissait à l’époque – il y avait une description savante de la sous classe des monodelphiens, puis de l’ordre des cétacés auquel appartenait le narval. Après les six mois passés au Nebraska, de retour à New York, il avait été interrogé par un journaliste du New York Herald et avait développé cette théorie, ce qui lui avait valu l’invitation du gouvernement des Etats-Unis à bord de la frégate « Abraham Lincoln » commandée par le Capitaine Farragut, dont la mission avait été d’élucider le « mystère des océans », et le détruire si possible.

Puis il avait disparu de longs mois, pour réapparaître en fin d’année dernière, épuisé et, de l’avis de Gabriel, quelque peu délirant. Cet état d’esprit semblait avoir également atteint Conseil, son domestique, homme pourtant calme et apparemment dénué de passion. Conscient que ce qu’il pourrait dire était de nature à nuire à sa carrière au Museum d’Histoire Naturelle, il n’en avait soufflé mot, sauf à son ami Gabriel, en qui il avait toute confiance.

Rendez-vous avait été pris au Museum d’Histoire naturelle, alors en plein travaux, puis il avait été convenu d’aller déjeuner dans un petit restaurant simple et de bon goût en bordure du Jardin des Plantes, où Pierre avait ses habitudes.

Le Mystère des Océans

Partie II

Victorine continua à feuilleter le petit livre cartonné. Sur une page avait été collée une estampille très semblable aux étiquettes qui constellent les malles des grands voyageurs. Elle était de format rectangulaire et représentait un hippocampe. De chaque côté, des idéogrammes chinois.

-Lirais-tu le chinois, cousin ? demanda Victorine.

Gabriel sembla revenir dans le bureau, tant il avait paru s’envoler par l’esprit dans les nuages.

-Non, cousine, hélas. Mais il y a au musée un assistant qui…

-Regarde plutôt, Gabriel ! Ici !

Victorine posa l’index sur le texte et commença à lire.

« Le soir même, au cours du repas, le Capitaine nous fit part de son plan de navigation. Mais la tempête se leva en début de nuit et je fus réveillé par une intense agitation dans le couloir jouxtant la porte de ma chambre. La langue ne m’était pas familière, mais je crus comprendre qu’un événement s’était produit qui bousculait les projets de Nemo.

Au petit matin, le calme était revenu et nous nous retrouvâmes sur la plateforme avec le Capitaine. Conseil et Ned, sous la surveillance d’un marin du submersible vinrent bientôt nous rejoindre.

A l’ouest, l’immensité de l’océan nous faisait face et à l’est, le soleil levant projetait l’ombre rendue immense d’un phare de navire de charge qui croisait à une dizaine d’encablures.

Le Capitaine ne sembla pas hésiter sur l’identité du brick de première classe et ne cacha pas l’intérêt tout particulier qu’il portait à sa cargaison.

-Vous voyez ce brick, Professeur ? Il transporte vin et cacao à destination de l’Angleterre. Parfait, continua-t-il en claquant les paumes de ses mains.

D’un geste, il fit signe au matelot et nous fûmes contraints de regagner l’intérieur du Nautilus, puis nos cabines respectives. Alors qu’un matelot verrouillait la porte de ma chambre, j’entendis Nemo ordonner l’immersion. Je compris que dès lors, la chasse pouvait commencer.

Le Journal

Partie II

Face à la fenêtre, les deux cousins se tenaient côte à côte, plongés dans l’examen du journal. Victorine tournait lentement les pages couvertes de l’écriture élégante de Pierre ARONNAX. Sur certaines d’entre elles, un dessin, encadré par le texte : coquillages, poissons, cétacés. Plus rarement, des algues ou autres plantes sous-marines, coraux et gorgones. Quelques cartes qui révélaient que si les divagations de Pierre devaient avoir une once de vérité, le bâtiment surmonté par une pieuvre géante aurait sillonné toutes les mers et tous les océans du globe.

-Je ne comprends pas, dit Gabriel à voix basse. Voyons un peu et résumons : Pierre est parti en mission d’exploration au Nebraska en octobre 1866. L’article du New York Herald, où il faisait part de son hypothèse concernant le « mystère des océans » est paru en mars 1867, à la suite de quoi il embarque sur l’Abraham Lincoln.

- Et quand l’as-tu revu pour la première fois ?

Gabriel se caressa la barbe en suivant du regard un fiacre qui descendait la rue Cuvier et filait vers la Seine.

-Voyons… Réfléchissons… Il me semble que j’ai reçu une lettre annonçant son retour en octobre de l’année dernière. Elle m’était adressée au Musée de Saint-Germain et non pas chez moi, rue de Vaugirard. J’ai trouvé cela fort bizarre, mais bien moins que lorsque je l’ai revu début novembre, où il m’a parlé de… cela, dit-il en désignant de la main le journal de voyage.

- Il serait donc resté absent deux années…

Gabriel se tourna vers sa cousine.

-Pour être honnête, je ne sais plus que croire.

Son regard fila vers les toits, puis vers le ciel où des trains de nuages gris fuyaient vers le nord.

Le Journal

Partie I

Quelques minutes plus tard, j’entendis l’écho puissant de la machinerie du bâtiment qui se répercutait sur les cloisons de ma chambre et je sus alors que nous prenions de la vitesse pour l’éperonnage. Puis vint le choc violent et le Nautilus continua à filer quelques minutes avant de s’arrêter.

Nous restâmes immobiles de longues heures, cinq, peut-être six, puis enfin, le Capitaine vint en personne me libérer. J’eus une sombre pensée pour les marins du brick et, bien que rempli d’admiration et de respect pour la figure et les talents de Nemo, la part d’humanité en moi était déchirée.

Dans le couloir, je vis les matelots transporter coffres et caisses, avant que d’aller les stocker dans la cambuse. Accompagné de Nemo, je posai un regard vers le butin : vins et cacao nobles remplissaient au trois quarts la pièce. Une étiquette représentant un hippocampe s’étant détachée, je prétextai un réajustement de mes bottines avant que de m’en saisir.

A cet instant, Ned et Conseil vinrent nous rejoindre. Le hardi harponneur tenta alors de s’en prendre à Nemo avant d’être ceinturé par deux marins, mais il continua à vociférer tandis qu’il était ramené à sa cabine sans ménagement.

-Assassin, pirate, gibier de potence ! Tous ces marins, y avez-vous pensé, malheureux ? Vous avez leur mort sur la conscience, monstre ! Dieu vous jugera !

Je me retournai vers la cambuse, interdit et muet. Qu’allait-il faire de cette cargaison ? Valait-elle le triste sort des marins du brick, dès lors au fond de la mer ?

A mes côtés, Conseil regardait les coffres d’un air calme, comme à son habitude.

-Je dois parler au Capitaine, dis-je.

-Comme il plaira à Monsieur, répondit-il »

 

Victorine cessa de lire alors que la porte du bureau s’ouvrait. Nous nous retournâmes vers Pierre.

-Ah, fit-il, vous m’avez devancé. Il était dans mon intention de vous proposer de lire ce journal.

-Tout cela, tout ce que tu m’as raconté est donc vrai ? souffla Gabriel.

- Rien n’est plus vrai, répondit Pierre d’un ton badin. Et maintenant, si nous allions déjeuner à côté ? Ils ont un excellent vin, que je leur ai d’ailleurs rapporté de mon voyage. Vous m’en direz des nouvelles !

Le Journal

Partie III